Jacky,
pour Cannes-Judo : Guillaume, sais-tu ce qui s'est passé le 30 juin 1992
? Guillaume : Euh non... [Je
l'aide en lui montrant l'album photos que m'avais aimablement confié son
père Jean-Claude quelques jours auparavant] : Ah oui, c'est le
jour où j'ai reçu la ceinture jaune et à l'époque
ce n'était pas encore Cannes-Judo, c'était l'AS Cannes Judo Kwaï. [Guillaume
feuillette l'album] : Là, c'est à Poitiers, là
ce sont les départements, la première compétition que j'ai
faite... Là c'est avec Évelyne à Carros, on reconnais Alexis,
Quentin qui est revenu depuis... beaucoup d'émotion lâche
t-il.
Évelyne a été
ton premier professeur... Oui j'ai commencé avec Évelyne
mais il y a eu aussi Patrick en même temps.
Qu'as-tu
de plus à Paris par rapport à Cannes ? La salle
est un peu plus grande mais il y a beaucoup plus de monde et le niveau est un
peu plus dispatché, il y a plus de confort parce qu'il y a plus de moyens.
Ce qui me manquait avant c'était de connaître plus de nouvelles personnes
pour essayer de m'adapter. Avant, j'étais limité aux judokas du
club et j'avais un Judo adapté à eux mais cela ne suffisait pas
au niveau national ! Au niveau inter-région ça allait, bien que
chaque région ait sa spécialité. A Paris, toutes les régions
sont regroupées et on voit de tout. Souvent en compétition, on venait
me chercher les jambes. Ne connaissant pas cela, à chaque fois je me faisais
surprendre... Je suis à côté de l'INSEP où je me
rends chaque vendredi. On s'y entraîne fort et ça me permet de «
bastonner », d'avoir des sauts d'orgueil, ce qui me forge le mental. Plus
tu en prends plein la tête plus tu peux rebondir ensuite pour... leur en
mettre aussi plein la tête ! C'est bien d'en prendre mais il faut aussi
en donner ! Paris était aussi l'idéal pour concilier le Judo
avec les études. Ici, j'aurai dû aller à Nice pour mes études
et venir à Cannes pour le Judo. Il y a quand même plus de trente
minutes de trajet en train. Là-bas, tout est à côté
: j'ai mon appartement, le dojo à dix minutes, l'IUT à Evry est
à un quart d'heure. C'est bien. Je précise aussi que l'on ne
fait pas que du Judo ! Les entraîneurs sont très pédagogues,
souvent le mercredi soir on fait du footing, j'ai aussi un programme de musculation
qui est totalement personnalisé et chaque judoka ne fait pas pareil que
les autres. Depuis le début de la saison, j'ai pris quatre kilos de muscles.
Je change morphologiquement et mon Judo s'affine, il devient plus pointu, plus
ciblé. J'ai un uchi-mata plus aiguisé et j'essaie de trouver des
spéciales autour de ça. Je sens que j'ai progressé depuis
le début de l'année. Qu'est-ce
qui te manque le plus depuis que tu es parti de Cannes ? La famille
et le club ! Sinon, tout va bien. Ah, j'oubliais, le soleil aussi me manque parce
que là-haut, il ne fais pas très souvent beau mais bon, il faut
savoir s'adapter parce que l'on ne peut pas tout demander : le soleil, être
fort, la réussite. Il faut savoir faire des sacrifices mais je reviens
un week-end par mois et pour les vacances et cela me permet de voir mes parents. Tu
n'oublies jamais de venir au club aussi... Je
m'y ressource. Quand je descend ça va mal mais lorsque je remonte, tout
va bien. Je suis ici pour une semaine. Tu
as un programme chargé en remontant à Paris ? J'ai
un stage à Bordeaux avec l'équipe de France cela m'aidera à
préparer les inter-régions dans deux semaines, ensuite il y aura
les championnats de France... Nous
suivrons tout cela avec attention et intérêt... J'ai
fait troisième l'an dernier. Cette fois-ci, j'espère être
sur la plus haute marche du podium. Je ne vois pas pourquoi je n'y arriverai pas
! Cela fait longtemps que j'attends ce résultat... Quels
sont tes objectifs pour cette année ? Mon
objectif c'est d'être champion de France parce que cela fait longtemps que
j'attends ce titre, puis éventuellement une qualification pour les championnats
d'Europe en Slovénie au mois d'août et ensuite les championnats du
monde à Budapest au mois de novembre. Et
pour l'avenir ? Déjà, ce serait d'entrer à
l'INSEP l'an prochain pour faire partie de l'élite Seniors et puis être
champion du monde Seniors mais cela représente évidemment beaucoup
de travail. Tu penses t'arrêter où
? Tant que le corps suivra, je continuerai ! Je pense que passé
trente-cinq ans ce sera difficile mais j'ai encore le temps, je suis encore jeune
! Patrick dit de toi que tu as réellement
toutes les qualités pour devenir un international senior et que c'est à
toi d'en profiter. Qu'en penses-tu ? Si Patrick croit en moi
et bien je suis d'accord avec lui et je sais qu'il n'y a qu'avec le travail que
l'on va y arriver. Si déjà il croit en moi, c'est déjà
bien... Comment te prépares-tu avant
un combat ? Je bois une gorgée d'eau puis je m'envoie
deux ou trois claques, je monte sur le tapis et je ne pense à rien sauf
à... gagner ! Est ce que c'est difficile
de concilier sport de haut niveau et études ? On peut
y arriver mais n'étant pas un dieu dans les études, j'ai un peu
de mal mais j'arrive à m'en sortir, je suis ni dans les premiers, ni dans
les derniers, juste dans la moyenne. Il faut être dans une structure et
avoir des moyens adaptés sinon ça doit être difficile, surtout
si on veut faire des études poussées... Pour l'instant, ça
va. Quel est ton meilleur souvenir dans le
Judo ? Mon meilleur souvenir ? Je pense que c'est quand on m'a
remis la ceinture noire au Kwaï lorsque j'étais Cadet première
année. Il y a aussi lorsque je suis arrivé au club où j'ai
fait mes premiers pas avec Évelyne et Patrick. Finalement, c'est ce qui
marque le plus. Au niveau des compétitions, je n'ai pas fait encore
de gros résultats pour connaître de grandes satisfactions... Ça
reste à venir... J'espère, j'espère... Est-ce
que tu as des mauvais souvenirs ? Non, aucun ! Qu'est
ce qui te plaît dans le Judo ? C'est surtout le club parce
qu'il y a une bonne entente, une bonne ambiance, pour moi c'est comme une deuxième
famille, je suis là depuis que je suis tout petit (j'ai commencé
à trois ans) et je connais un peu tout le monde. Je prends surtout du plaisir
à faire du Judo tout simplement. Il n'y a pas que la compétition,
je prends vraiment du plaisir à bouger et à me défouler aussi.
Je suis super top... Te souviens-tu de ta première
victoire en compétition ? Je devais avoir sept ou huit
ans, j'étais ceinture jaune. Ce n'était pas vraiment une compétition,
Patrick avait organisé un challenge au dojo Fellegara et je l'avais remporté.
A l'époque j'étais petit et je ne faisais qu'une seule technique
que je faisais à tout le monde. Patrick m'avait remis la récompense
et j'étais content ! Et ta première
victoire à l'extérieur du club ? C'était
à Sophia Antipolis alors que j'étais poussin. J'avais fait beaucoup
de combats et c'était la première compétition difficile que
j'ai vraiment faite. J'avais gagné et Patrick était content de moi
et disait : « quelle flèche celui-là ! » et depuis,
c'est parti, j'y ai pris goût. Je pense que si je n'avais pas réussi
mes premières compétitions, peut être je n'aurai pas autant
accroché... C'est bien, c'est satisfaisant de gagner ! Il
y en a qui peuvent le ressentir différemment... En effet,
il y en a qui attendent les résultats, moi j'en ai eu tout de suite alors
je pense que cela m'a servi de tremplin et ça m'a fait accrocher. Je
te remercie, Guillaume et... à bientôt ! Merci |